Ce texte a été écrit collectivement par les proches et ami-es de Tal, et diffusé sur les réseaux sociaux le 2 novembre 2021.
Notre ami et camarade Tal Piterbraut-Merx s’est donné la mort le lundi 25 octobre 2021. Victime d’inceste pendant son enfance, il pensait, écrivait et luttait depuis des années contre la domination adulte et les violences sexuelles. Très active au sein du collectif Claf’outils, il co-animait des ateliers de prévention des violences faites aux enfants à destination des personnels-les des écoles, des enfants et de leurs adultes référents-es. Elle avait déjà produit de nombreux articles et communications universitaires et militantes autour de ces sujets, sur lesquels portait également la thèse qu’il était en train de rédiger. Gouine, elle était en première ligne des luttes féministes et lesbiennes. Juif, il se battait sans relâche contre l’antisémitisme et toutes formes de racismes, aux côtés de ses camarades de Juives et Juifs Révolutionnaires et des Juifves VNR. Tal avait amorcé au fil des années un courageux retour vers le judaïsme, une réappropriation de ses rites et aspects spirituels, toujours à travers un regard critique, queer et féministe. Il cherchait à s’élever au-dessus de la seule dimension de la judéité qui lui avait été transmise, celle vécue à travers la douleur de la Shoah. Il avait dans ce sens participé à la co-création d’espaces et de moments autour de célébrations féministes et égalitaires des fêtes et des rites juifs, dans une volonté permanente de rassembler dans la joie et la douceur, si chères à son cœur. Il avait également publié deux romans, dont le dernier, Outrages, est paru aux éditions Blast en mars 2021. Elle travaillait à la rédaction d’un troisième ouvrage.
Il s’opérait à l’intérieur de Tal cette réconciliation extraordinaire, celle d’être juif, queer, gouine, d’extrême gauche. C’est une perte qui nous bouleverse, et dont nous continuerons longtemps à prendre la mesure, tant sa présence nous enrichissait, tou-te-s, personnellement, politiquement, professionnellement. Tal ne passait jamais inaperçu, elle était monumentale.
Dès l’annonce de sa mort, ses ami-e-s et proches, sa sœur, son frère, ses camarades de lutte se sont réuni-e-s chaque jour pour se soutenir et rendre justice à ses engagements. Tal est mort de l’inceste, de l’antisémitisme, de l’homophobie, de la domination patriarcale contre lesquelles elle luttait chaque jour, et contre lesquels nous continuerons de lutter. Nous ressentirons longtemps son manque dans la pensée politique et philosophique, dans nos luttes et dans nos quotidiens. Il nous manquera aussi comme ami, sincère, pleinement présent, exigeant et constant dans l’attention et l’amour qu’il nous portait, à chacun-e.
L’intelligence et la puissance collective font des merveilles depuis sa mort, et nous espérons de tout cœur que vous nous accompagnerez dans ces luttes et dans le soin que nous tentons de porter au souvenir de notre amie.
Nous espérons que chaque personne qui nous lit, et qui est affectée par cette nouvelle, est entourée et trouvera le réconfort nécessaire dans les jours qui viennent.
Les obsèques de Tal auront lieu vendredi 5 novembre à 11h, au cimetière de Bagneux. Elles se dérouleront selon les rites juifs et il est donc inutile d’apporter et de faire envoyer des fleurs.
Prenez soin de vous,
Sincèrement,
Les ami-e-s et proches de Tal
Si vous souhaitez rendre hommage à Tal, nous vous remercions et vous invitons à prendre en compte les éléments suivants :
Tal se genrait au féminin et au masculin, avec des usages différents selon les personnes et les contextes. Dernièrement, notamment dans ses communications publiques, l’usage du masculin était le plus fréquent. Il ne se désignait pas comme homme, femme ou personne non-binaire. Elle tenait à l’identification gouine. Il a été décidé collectivement par ses proches que l’usage le plus respectueux pour nos communications était d’alterner pronoms et accords féminins et masculins. Tal était gouine, féministe, juif, victime d’inceste et engagée dans la lutte contre la domination adulte. Il pensait et vivait dans sa chair l’intersection de ces identités. Nous vous invitons à prendre connaissance de ses nombreuses communications écrites et orales.